Saint Dominique (1170-1221)

Une vie, par le frère Elie-Pascal (dominicain de Toulouse)


Matisse : chapelle de Vence, saint Dominique


Portrait de saint Dominique extrait des souvenirs de la Bienheureuse soeur Cécile

Voici le portrait du bienheureux Dominique : taille moyenne, corps mince, visage beau et légèrement coloré, cheveux et barbe légèrement roux, de beaux yeux. De son front et de ses cils, une sorte de splendeur rayonnait qui attirait la révérence et l'affection de tous. Il restait toujours souriant et joyeux, à moins qu'il ne fût ému de compassion par quelque affliction du prochain. Il avait les mains longues et belles ; une grande voix, belle et sonore ; il ne fut jamais chauve, et sa couronne de cheveux était complète, parsemée de rares fils blancs.

Le vrai visage, reconstitué d'après le crâne du saint

Il fait faim en ce début des années 1190, à Palencia de Castille, quand pour fonder une aumône un étudiant de haut lignage, d'une vingtaine d'années, vend ses livres, " ne pouvant étudier sur des peaux mortes quand meurent les membres du Christ ". Dominique vient de rencontrer son destin avec le Christ : il brûlera de compassion pour le salut des pécheurs. Sa vie sera la dilatation de cette compassion jusqu'aux limites de la terre. Pour réaliser cette ambition incroyable, il s'enfouira au coeur de l'Eglise, répondant dans l'obéissance à ses appels.

1196. Dominique se consacre à Dieu dans le Chapitre de la Cathédrale d'Osma. De la Règle de saint Augustin (donnée aux chanoines pour la réforme grégorienne, au XIe siècle), il apprendra la vie en communauté fraternelle, dans l'unanimité des coeurs, célébrant la prière publique de l'Eglise. Dans les Conférences de Jean Cassien, il découvrira les sentiers de la perfection qui le mèneront à cette joie parfaite qui a tant marqué ses contemporains.

1206. Dominique rentre de longs voyages diplomatiques qui l'ont mené avec son évêque Diego jusqu'au Danemark. Loin de la Castille de la Reconquista, il a découvert l'incroyance (mission chez les païens de la Baltique) et la mal croyance (cathares du Languedoc : tant d'hommes se perdent loin du Christ et de l'Evangile !). Et le Pape qui lui a refusé de partir chez les païens… Or voici qu'à Montpellier il croise les légats cisterciens découragés par l'échec de leur mission en albigeois. L'Esprit-Saint s'empare de Diego et de Dominique : il faut partir, selon la lettre de l'Evangile, deux par deux, mendiant et prêchant en paroles et en actes.

1216. Demeuré seul à Fanjeaux, Dominique s'est laissé dévorer par son ambition du salut de tous, prêchant dans les villages et disputant dans les châteaux, tout à tous le jour dans la prédication, tout à Dieu la nuit dans l'oraison, soutenu par ses filles cathares converties devenues moniales à Sainte-Marie de Prouilhe. En 1215, l'évêque Foulques de Toulouse l'a accueilli dans sa ville, avec quelques compagnons séduits par son exemple, comme prédicateur diocésains. Et voici que le Pape Honorius III reconnaît l'Ordre des Frères Prêcheurs et déploie leur champ d'action à l'Eglise universelle. Répondant à cet appel, Dominique jette sa poignée de frères aux quatre vents, le 15 août 1217 : Paris, Madrid, Bologne.

1221. En cinq ans, la compassion de Dominique, relayée par la prédication de ses frères et l'oraison de ses soeurs, a embrassé toute l'Europe et s'est constituée, selon les directives réformatrices du concile de Latran IV (1215) en un bel Ordre religieux. Projetée jusqu'aux limites du monde, il ne restait à la compassion de Dominique qu'à se dilater à l'infini de l'éternité de Dieu : il accomplit en effet sa pâque le 6 août 1221, promettant à son Ordre de le soutenir toujours de son intercession au coeur de Dieu.